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« Le handicap ne doit jamais être un frein à l’emploi »

La Communauté d’Agglomération de Bastia (CAB) est la dernière collectivité corse à avoir signé une convention avec le FIPHFP. À cette occasion, Vanessa Bastelica, référente handicap et cheffe de service prévention des risques professionnels revient sur les raisons de cet engagement, les enjeux du maintien dans l’emploi et l’importance d’une culture inclusive partagée par l’ensemble des acteurs de la collectivité. Une interview réalisée par François Le Saux-Mari du Handi-Pacte du FIPHFP en Corse.

Portrait de Vanessa Bastelica, référente handicap au sein de communauté d'agglomération de Bastia

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre service et vos missions au sein de la CAB ?

Notre service est composé de trois personnes et travaille directement auprès de la Direction Générale des Services. Nous intervenons en transversalité avec l’ensemble des directions de la collectivité : travaux, sports, collecte des déchets, services administratifs ou encore services techniques.

Nous assurons le suivi de la santé et de la sécurité d’environ 300 agents. Nos missions couvrent notamment les obligations réglementaires en matière de prévention, la mise à jour du document unique, ainsi que le développement de la politique de prévention des risques professionnels. Cela passe par l’analyse des risques liés aux différents métiers, la mise en place de plans de prévention et l’organisation de formations en sécurité.

J’assure également la mission de référente handicap. C’est un poste particulièrement riche, car il combine à la fois le travail de terrain et les aspects administratifs, avec très peu de routine.

Pourquoi la CAB a-t-elle souhaité s’engager aujourd’hui dans une convention avec le FIPHFP ?

Nous avons souhaité structurer et renforcer notre politique en faveur de l’inclusion des personnes en situation de handicap.
Cette convention traduit une volonté forte : permettre à chaque agent de bénéficier des mêmes chances d’accès à l’emploi, de maintien dans l’emploi et d’évolution professionnelle. Elle nous offre également un accompagnement technique et financier précieux, qui constitue un véritable levier pour développer notre action.

Notre démarche ne répond pas à une problématique de taux d’emploi, puisque nous dépassons déjà les 6 % d’obligation légale. Elle s’inscrit avant tout dans une volonté d’amélioration continue de l’accompagnement des agents.

Quelles sont les principales priorités que vous avez identifiées ?

Notre priorité est clairement le maintien dans l’emploi.

Nous souhaitons également améliorer le repérage des situations de handicap, notamment lorsqu’il s’agit de handicaps invisibles, encore trop souvent méconnus. Le développement d’une véritable culture inclusive est essentiel pour favoriser la déclaration des situations et permettre un accompagnement adapté. Nous travaillons aussi sur la sensibilisation des encadrants et sur la mise en œuvre de solutions concrètes de compensation afin de répondre aux besoins spécifiques des agents.

Justement, quel rôle les managers jouent-ils dans cette démarche ?

Les managers occupent une place centrale. Ils sont les premiers relais entre les agents et les services ressources. Nous avons engagé des actions de sensibilisation et nous poursuivrons cette dynamique avec des groupes de travail dédiés. L’objectif est de leur permettre d’identifier plus facilement les situations nécessitant une attention particulière, de favoriser le dialogue avec les agents et de participer à la recherche de solutions adaptées. Ils sont des acteurs incontournables du maintien dans l’emploi.

Comment sont traitées les situations individuelles au sein de la collectivité ?

Nous disposons d’une commission d’accompagnement pluridisciplinaire réunissant les principaux experts : le service prévention des risques professionnels, la direction des ressources humaines, le médecin de prévention et, depuis le 1er janvier 2026, une assistante sociale.

Selon les situations, nous pouvons également associer les managers ou les directeurs afin de bénéficier d’une meilleure connaissance du terrain et de construire les solutions les plus pertinentes.

Au-delà de son soutien financier, quel rôle joue le FIPHFP dans votre accompagnement ?

Son expertise est tout aussi importante que son soutien financier. Le FIPHFP nous apporte des réponses concrètes sur des situations parfois complexes : maintien dans l’emploi, adaptations de poste, aides techniques ou mobilisation de partenaires spécialisés. Cette expertise nous permet de développer des solutions auxquelles nous n’aurions pas forcément pensé seuls et de renforcer nos compétences internes.

Avez-vous un exemple concret d’accompagnement mis en place grâce à ce partenariat ?

Oui, nous avons été confrontés à la situation d’un agent présentant des troubles psychiques. Face à des difficultés croissantes dans l’exercice de ses missions, nous recherchions une solution adaptée.

Grâce aux conseils du FIPHFP, nous avons pu mobiliser l’association ISATIS, spécialisée dans l’accompagnement des personnes présentant des troubles psychiques. Une psychologue a été mise à disposition de l’agent et un accompagnement régulier a été instauré.

À partir des préconisations du médecin et de la psychologue, nous avons réorganisé le poste autour de tâches uniques et clairement identifiées afin de limiter les interruptions et les sollicitations multiples. Aujourd’hui, les résultats sont très positifs. L’agent a retrouvé davantage de sérénité dans son travail, son état s’est stabilisé et l’ensemble du service bénéficie d’une organisation plus adaptée. C’est un exemple très concret de maintien dans l’emploi réussi.

Travaillez-vous également avec Cap Emploi ?

Oui, nous collaborons étroitement avec Cap Emploi. Récemment, M. Belluso est intervenu avec Monsieur Picot, l’ergothérapeute, pour réaliser une étude de poste concernant un agent ferronnier présentant des restrictions importantes à la suite d’un accident du travail. Leur expertise nous a permis d’identifier plusieurs pistes d’aménagement, notamment des aides techniques assez spécifiques destinées à réduire les contraintes physiques, comme un palan, des tapis anti-fatigues etc… Ces interventions spécialisées sont extrêmement précieuses pour construire des solutions adaptées à chaque situation.

Quels sont aujourd’hui, selon vous, les principaux défis rencontrés par les employeurs publics en matière de handicap ?

Nous constatons une augmentation significative des situations liées aux troubles psychiques, aux maladies chroniques évolutives et aux handicaps invisibles. Ces situations nécessitent une approche beaucoup plus globale, centrée sur l’accompagnement humain et la prévention. Les parcours sont souvent complexes, avec des états de santé fluctuants qui peuvent avoir un impact important sur la vie professionnelle.

En Corse, l’insularité peut également constituer une difficulté supplémentaire. Certaines pathologies nécessitent des soins ou des traitements qui ne sont pas toujours disponibles localement, j’ai en tête l’exemple de la sclérose en plaque qui nécessitent des déplacements à Ajaccio lorsque l’on vit à Bastia, ou certains cancers qui nécessitent d’aller se faire soigner sur le Continent. Ces contraintes ont nécessairement des répercussions sur la vie professionnelle et doivent être prises en compte dans l’accompagnement proposé.

Comment faire en sorte que la politique handicap dépasse le seul cadre des ressources humaines et devienne une véritable culture de collectivité ?

La réussite d’une politique handicap repose sur l’implication de tous. Les élus, la direction générale, les managers, les agents, les médecins, les partenaires spécialisés, Cap Emploi, le FIPHFP ou encore les associations d’accompagnement doivent agir ensemble.

Le handicap doit être intégré aux pratiques managériales quotidiennes et considéré comme un sujet transversal, au même titre que la santé et la sécurité au travail. S’il reste uniquement porté par les ressources humaines ou la référente handicap, il ne pourra pas s’inscrire durablement dans la culture de la collectivité.

Justement, sentez-vous un réel soutien de la part des élus et de la Direction ?

Oui, clairement.

Notre précédent vice-président, Jean-Louis Milani a fortement soutenu la signature de la convention, il s’est déplacé avec moi à Ajaccio pour la soutenance, et considérait déjà que les enjeux de prévention et de handicap étaient étroitement liés.

Aujourd’hui, notre nouvelle vice-présidente, Marie-Dominique Giamarchi partage pleinement cette vision et accompagne activement le développement de cette politique. Nous bénéficions également d’un soutien constant de la Direction Générale des Services.

Concernant les managers, nous observons une réelle évolution. Leur participation aux actions de sensibilisation montre un intérêt croissant pour ces questions. Les retours ont été très positifs et nous souhaitons désormais poursuivre cette dynamique avec des formations plus approfondies.

Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous adresser aux employeurs qui ne sont pas encore conventionnés avec le FIPHFP ?

Je voudrais leur dire que le handicap ne doit jamais être un frein à l’emploi.

Des solutions existent et il est essentiel de ne pas rester seul face aux difficultés rencontrées. L’accompagnement précoce est souvent la clé de la réussite du maintien dans l’emploi. La convention nous permet justement d’anticiper les situations, de mobiliser rapidement les bons partenaires et de construire des réponses adaptées avant que les difficultés ne s’aggravent.
Pour nous, c’est un véritable atout. Je ne peux qu’encourager les employeurs à s’engager dans cette démarche et à saisir les opportunités qu’elle offre aux agents comme aux collectivités.

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