Le 22 septembre 2026, le Handi-Pacte Île-de-France a consacré un webinaire à une question très concrète : quelle place la pair-aidance peut-elle prendre dans l’accompagnement des agents confrontés à des troubles psychiques ? Plus de 160 personnes ont participé à ce rendez-vous.
Les troubles psychiques, un enjeu important pour les employeurs publics
Franck Lasade, Directeur territorial Handicap Île-de-France du FIPHFP, a rappelé l’ampleur de l’enjeu pour les employeurs publics. Les troubles psychiques peuvent fragiliser les parcours, mais ils n’empêchent ni de travailler ni d’évoluer. Lorsqu’il s’inscrit dans un environnement soutenant, le travail peut d’ailleurs contribuer au rétablissement.
Pour parler de ce sujet, le webinaire a réuni plusieurs experts et acteurs de terrain :
- Aude de la Source, chargée d’insertion professionnelle à la plateforme de réhabilitation psychosociale Paris Nord,
- Sophie Molière, médiatrice santé-pair à la plateforme de réhabilitation psychosociale Paris Nord,
- Kevin de Douglas, médiateur santé-pair,
- Laurence Potte-Bonneville, déléguée générale de Santé Mentale France,
- Frédérique Zimmer, psychologue clinicienne et directrice opérationnelle d’Arihm Conseil.
Ces regards complémentaires ont permis d’éclairer le contenu du guide par des illustrations concrètes.
Un guide pour structurer sa démarche
Le guide pratique de la pair-aidance en santé mentale a servi de fil conducteur aux échanges. Il permet de comprendre le savoir expérientiel et la posture du pair, mais aussi de cadrer sa place, son statut et son articulation avec les professionnels existants.
Il accompagne aussi les employeurs dans la mise en œuvre d’un dispositif, depuis l’identification des besoins jusqu’à son évaluation. Sélection des pairs, cadre éthique, formation et supervision constituent autant de points de vigilance. L’objectif n’est pas de proposer un modèle unique, mais des repères à adapter aux besoins, aux moyens et à la maturité de chaque organisation.
Le savoir expérientiel au service du rétablissement
Les témoignages ont permis de mieux comprendre la spécificité de la pair-aidance. Celle-ci repose sur une expérience vécue des troubles psychiques et du rétablissement, mise à distance puis transformée en ressource. Cette proximité facilite la confiance et la parole. Elle peut rompre l’isolement, réduire l’autostigmatisation et redonner des perspectives.
Les intervenants ont rappelé que le pair n’apporte pas de solution toute faite. Il écoute, aide la personne à formuler ses difficultés et partage son expérience lorsqu’elle peut être utile. Il soutient ainsi l’autonomie et le pouvoir d’agir. Les échanges ont illustré la diversité de ses interventions : entretiens individuels, ateliers collectifs, groupes de soutien, médiation ou orientation vers les ressources adaptées.
Une expertise complémentaire dans les parcours professionnels
Le webinaire a ensuite montré comment cette expertise peut enrichir les parcours professionnels. La pair-aidance peut intervenir dès les premières difficultés, avant une reprise après un arrêt, dans une démarche de maintien en emploi, d’aménagement de poste ou de reconversion. Elle permet aussi d’aborder la fatigue, la perte de confiance, la peur du regard des autres, la RQTH ou le dévoilement des troubles.
Les regards croisés ont souligné la complémentarité entre le savoir expérientiel et les compétences des professionnels de santé, des ressources humaines, des référents handicap et des acteurs de l’insertion. Le pair apporte une compréhension plus fine de la manière dont les dispositifs sont vécus. Il contribue à construire les parcours avec la personne plutôt que pour elle, sans se substituer aux accompagnements existants ni au soin.
Les conditions d’une intégration réussie
Une large partie des échanges a porté sur les conditions de réussite. Avant de recruter un pair-aidant, l’employeur doit préciser le besoin auquel il souhaite répondre. Objectifs, missions, rattachement, confidentialité et circuits de relais doivent être définis en amont. Selon le contexte, le dispositif peut s’appuyer sur un pair interne, un intervenant externe, un réseau de pairs ou une organisation mutualisée.
Les intervenants ont également insisté sur la préparation de l’équipe. Le pair doit être reconnu comme un professionnel à part entière, disposer de moyens, participer aux temps collectifs et s’appuyer sur un interlocuteur identifié. Formation, supervision, analyse de pratiques et échanges entre pairs permettent de sécuriser sa fonction et de prévenir son isolement.
Enfin, le webinaire a replacé la pair-aidance dans une politique plus large de santé mentale au travail, articulée avec la prévention, la QVCT, le handicap et le maintien dans l’emploi. Une organisation qui n’est pas encore prête peut déjà sensibiliser les équipes, former les managers, lutter contre la stigmatisation et renforcer les relais existants.
Retrouvez le guide pratique "Pair-aidance en santé mentale" en cliquant ici